
Issus de la scène jazz, ces deux improvisateurs hors pair tordent définitivement le cou de la routine et de la banalité aux commandes d’un bric-à-brac virtuose, poétique et débridé, qui promet un aller sans retour vers l’inouï.
Entre Leïla Martial, chanteuse-clown “multi-timbrée” férue de boîtes à musique, flûtes à coulisses, fioles et autres jouets détournés, et Élie Dufour, homme-piano qui ne cesse d’augmenter les ressources expressives de son instrument, le courant ne pouvait que passer. Un courant “alternatif’, car ces deux-là n’aiment rien tant que partir en obliques, tangentes et traverses ; mais un courant continu, aussi, tant leur vista poétique et leur goût de l’invention ne faiblissent jamais. Nouée autour de l’organetto, petit orgue portatif médiéval qui fait écho avec le jeu de souffles et de bouteilles de Leïla, leur complicité s’appuie sur un dépassement permanent des limites et des apparences. Customisé, le piano à queue devient ainsi un instrument plus percussif que jamais, tandis que des pédales d’effet transforment la matière en direct, creusant à tout bout de champ et de chant des perspectives ouvertes à perte d’ouïe. Entre ascenseur émotionnel et bouffée délirante, Karma Bazar est un “concert augmenté” qui en appelle à tous les sens, du piano-voix “traditionnel” aux transes techno pour dance-floor, de la chanson minimaliste aux envolées lyriques, de l’orgue d’église aux harmonies tziganes, de Bach à la musique de demain. C’est du funambulisme par très grand vent, un coup de folie virtuose contre les mornes appels à la raison, un pied de nez à la grise mine de la routine. Bref, la BO idéale pour démarrer une saison décoiffante, ouverte à toutes les bourrasques de la création !
Leïla Martial – voix, bouteilles, bidules, Elie Dufour – piano, Philicorda, Organetto.
Arthur Ower – son, NN – création lumière.
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