Maguy Marin

Il y a un lieu de naissance. Toulouse1. Un emplacement atteint, suite à une série de déplacements provoqués par des mouvements politiques en Espagne. Grandir par là, en France, au tout début des années 50. Puis il y a un désir de danser qui se confirme par un enchaînement d’études - de Toulouse à Strasbourg, puis à Mudra (Bruxelles) avec Maurice Béjart, Alfons Goris et Fernand Schirren2 … - dans lequel se manifestent déjà des rencontres : les étudiants acteurs du Théâtre National de Strasbourg. Une volonté qui s’affirme avec le groupe Chandra, puis au
comme puissance poétique du faire et du refaire les mondes. L’année 2011 sera celle d’une remise en chantier des modalités dans lesquelles s’effectuent la réflexion et le travail de la compagnie. Après l’intensité de ces années passées au CCN de Rillieux-la-Pape, s’ouvre la nécessité d’une nouvelle étape en reprenant une activité de compagnie indépendante. Cette décision importante répond au désir toujours très vivant et impératif d’expérimenter autrement l’enjeu que présente l’acte de création, comme un potentiel capable de prolonger sous d’autres formes ce qui en est le coeur. Après un passage de trois années à Toulouse, ville qui accueillera pour un court temps cette nouvelle aventure, sans répondre favorablement au besoin impérieux d’un espace de travail pérenne pour une compagnie permanente, l’idée d’une installation à Ramdam, une ancienne menuiserie acquise en 1995 grâce aux droits d’auteur à Sainte-Foy-lès-Lyon a pris corps. Ce lieu est activé depuis dix-sept ans par une association qui propose aux artistes des résidences, de la formation et des ouvertures publiques. Ce projet actif et pérenne est actuellement soutenu par la Région Rhône Alpes, l’État et la ville de Sainte-Foy-lès-Lyon. L’installation de la compagnie dans ce lieu en 2015 permet de continuer à ouvrir l’espace immatériel d’un commun qui cherche obstinément à s’exercer, et enclenche le déploiement d’un nouveau projet ambitieux en Ballet du XXe siècle3. Le travail de création s’amorce aux côtés de Daniel Ambash4. Et les concours de Nyon et de Bagnolet5 d’appuyer cet élan. De 1980 à 1990, portée par la confiance de l’équipe de la Maison des arts de Créteil (dirigée par Jean Morlock) et forte de soutiens publics constants, la recherche se poursuit avec Christiane Glik, Luna Bloomfield, Mychel Lecoq et la complicité de Montserrat Casanova. La compagnie devient le Centre Chorégraphique National de Créteil et du Val-de-Marne : là se poursuivent un travail artistique assidu et une intense diffusion de par le monde. Une troupe se constitue renforcée par Cathy Polo, Françoise Leick, Ulises Alvarez, Teresa Cunha et bien d’autres encore. En 1987, la rencontre avec Denis Mariotte amorce une longue collaboration qui ouvre le champ des expériences par un questionnement mutuel hors des cadres d’un champ artistique spécifique. 1998, nouvelle implantation pour un nouveau Centre chorégraphique national à Rillieux-la-Pape, dans le quartier de la Velette. Avec la nécessité de reprendre place dans l’espace public. Un croisement de présences qui agit dans un espace commun : Un « nous, en temps et lieu ». Un travail où s’entremêlent des créations, des interventions multiples où l’exigence artistique ouvre des pistes qui dépassent le désir convivial immédiat d’un être ensemble. Avec l’arrivée en 2006 d’un nouveau bâtiment, le CCN de Rillieux-la- Pape devient un lieu à habiter et à co-habiter, un laboratoire citoyen. Faire que se fabrique et s’exprime par l’adresse publique, de lieux en lieux, de villes en villes, de pays en pays, la part d’existence que l’art nous renvoie. Et par-delà ces multiples endroits, partager les moyens, les outils, les expériences et les actions. Croiser les champs artistiques, créer, soutenir des recherches, ancrer des actes artistiques dans divers espaces de vie sociale, des écoles aux théâtres, des centres d’art aux centres sociaux, des espaces publics aux habitations ouvertes, des lieux de recherches aux maisons de quartier en faisant vivre le geste artistiquecoopération avec l’actuelle équipe : Ramdam, un centre d’art. »

1 Née en 1951 de parents espagnols, ayant fui le Franquisme.
2 Professeur de percussions.
3 Au Ballet du XXe siècle, elle est soliste (1972-1976) et crée sa première chorégraphie (Yu Ku Ri en 1976).
4 Première compagnie portant le nom de Ballet - Théâtre de l’Arche.
5 À Nyon : Evocation - 1977. A Bagnolet : Neblas de Niño - 1978