Les Enfants du Levant

Note d'intention

Contexte historique des Enfants du Levant :

Les Enfants du Levant est une adaptation du roman historique de Claude Gritti qui retrace la vie des enfants enfermés au Pénitencier de l'Ile du Levant au milieu du XIXe siècle.
En 1850, Napoléon Bonaparte autorise l'ouverture des bagnes privés pour mineurs. Le propriétaire de l'Ile du Levant, le Comte de Pourtalès, veut réhabiliter ses terres mais il manque de main d'œuvre. Il décide d'y ouvrir une colonie agricole qui fonctionnera de 1861 à 1878, espérant que le travail permette de sauver certains enfants de la prison ou de la rue et qu'ils puissent y apprendre un métier. Mais en réalité cette colonie devient un bagne aux conditions d'incarcération désastreuses. Les enfants souffrent de maltraitance et de famine. Près d'un enfant sur dix y trouve la mort. 

Note d'intention de mise en scène :

Etrangement, cette partie de notre histoire reste méconnue. Les Enfants du Levant donne la parole à ces enfants oubliés, à leurs colères et leurs détresses, leurs révoltes et leurs peurs, leurs fragilités et leurs courages. 
Il s'agit de rendre compte sans concession ni misérabilisme de la violence subie par ces enfants, mais aussi de leur puissance de vie, par le prisme d'une dizaine de personnages d'enfants qui ont réellement existé. Nous donnerons à voir la brutalité des conditions de vie et de travail de ce bagne, mais aussi la capacité des enfants à se soulever, à s'insurger, à garder leur dignité, à se battre pour survivre, à lutter contre la deshumanisation à l'œuvre.

" Entre devoir croupir tout au fond d'un cachot
Ou confier notre vie aux caprices des flots
J'ai choisi,
Je préfère mourir libre "

Les enfants du bagne de l'Ile du Levant cherchent à fuir la réalité mortifère, avilissante et destructrice de cette île méditerranéenne. Comment ne pas y entendre des résonances tragiques en ce début de XXIe siècle ?
La Méditerranée n'est-elle pas aujourd'hui encore le centre de la crise migratoire que nous traversons ?

Il fallait laisser la place à ces échos. 

Il ne s'agit donc pas d'une reconstitution historique. Il me semble nécessaire de voir à travers le destin injuste et violent de ces enfants du XIXe siècle, celui non moins violent de certains enfants d'aujourd'hui habitant aux portes de l'Europe. 

Les enfants de la Maîtrise de l'Opéra de Lyon s'emparent de cette histoire avec enthousiasme et engagement. Leur enfance rend hommage à celle, détruite, de ceux qui ont connu ce bagne et aussi à celle qui, aujourd'hui, n'est pas universellement protégée par les lois encadrant le travail des enfants. 

Les jeunes interprètes de la Maîtrise, par leurs présences, leurs regards, leur façon de parler et de bouger évidemment contemporaine, ancrée dans leur temps, permettent ce pont entre les époques et les pays. 

Dans l'importance de porter cette parole et de la faire connaître, c'est avec beaucoup de joie que nous avons travaillé à mettre en voix et en corps ces noms oubliés du siècle dernier. Et c'est avec émotion que je les regarde nous raconter et chanter cette histoire.

Nous avons besoin de leurs voix, celles -singulières et puissantes- de ces 60 jeunes filles et garçons qu'ils sont, pour se rappeler notre passé gardé dangereusement sous silence, et peut-être mieux écouter notre présent.

Pauline Laidet, metteuse en scène