Les Enfants du Levant

Extraits du livret

Prologue :

Le cinq août 1850, une loi visant à régler les principes de détention des mineurs est votée. Désormais tous les enfants abandonnés, orphelins et petits délinquants seront envoyés dans des colonies agricoles pénitentiaires jusqu’à l’âge de seize, dix-huit ou vingt ans selon la gravité des faits qui leur sont reprochés. Considérant avec intérêt les 75 centimes alloués par l’état par jour et par enfant de nombreux prétendants aux objectifs humanitaires et philanthropiques souvent douteux vont sans attendre solliciter auprès du gouvernement la création d’une colonie sur leurs propres terres. C’est ainsi qu’au matin du 10 février 1861, un convoi d’une soixantaine d’enfants quitte la prison de la Roquette à Paris. Les plus âgés ont quinze ans, le plus jeune, six ans et demi. Marchant de l’aube au crépuscule, ils vont durant plusieurs semaines parcourir une trentaine de kilomètres par jour en direction du sud de la France. Le comte de Pourtales, propriétaire de l’Ile du Levant, persuadé que la vie au grand air et l’éloignement de la ville seraient des moyens de redressement efficaces, pensait qu’il réussirait à aider et sauver ces pauvres enfants de la misère en leur offrant une solide éducation et un bon métier ; malheureusement la colonie de Sainte-Anne du Levant connut un tout autre destin…

Extrait de la scène 1 :

DENIS

T’as quel âge

DECORS

Onze ans et demi !

DENIS

Et comment tu t’appelles ? … C’est quoi tin nom ? … Je te fais peur ? Moi c’est Jules, Jules Denis, mais ici tout le monde m’appelle Denis

DECORS

Moi aussi je m’appelle Jules ! Jules Decors !

DENIS

Ça fait un moment que je t’observe tu sais… C’est pas bon de rester tout seul dans son coin. Mieux vaut avoir des amis, crois-moi, sans quoi il peut nous arriver des bricoles…



DECORS

Je me méfie de ceux qui veulent être mes amis, ils ont toujours quelque chose à demander en échange…


Extrait de la scène 3 :

RONCELIN

T’en fait pas, allez, pleure pas… ça va aller… tu verras dès qu’on aura trouvé le trésor, ils nous reverront plus… on va pas moisir ici longtemps, c’est moi qui te le dit !



ROUSTAN (entre deux sanglots)

Et comment on va faire pour le trouver ce trésor ? On sait même pas ou creuser… et puis moi j’ai plus la force de creuser, je suis fatigué, je suis fatigué… c’est trop dur ici !

RONCELIN

Mais pas besoin de creuser… si personne n’a jamais réussi à trouver ce trésor, c’est tout simplement parce que les pirates ne l’ont pas enterré ! Les pirates savaient bien qu’en enterrant leur trésor il serait découvert, alors… tu sais ce qu’ils ont fait ? Ils l’ont caché tout en haut d’un arbre… Il faut qu’on trouve l’arbre le plus haut de l’île, je suis sûr que le trésor se trouve en haut.

ROUSTAN  

Mais des arbres il y en a plein…

RONCELIN

Les pirates ont certainement choisi un arbre qui ressemble à aucun autre. Pendant qu’on piochera, on regarder autour de nous d’accord ?....

Extrait de la scène 6 :


L’ETE FAIT CHANTER LES CIGALES

L’été fait chanter les cigales

Le vent fait danser les roseaux 

Devant moi un lapin détale

Sous mes pieds le sable encore chaud
Je dévale à travers les pins

Partout des senteurs de garrigue
Je cueille une branche de thym 

Et je chaparde quelques figues
Je regarde l’eau qui scintille 

Puis je bondis sur les rochers
Je n’ai jamais été agile 

Mon chapeau de paille est tombé
Les longs cyprès qui se balancent

Se fichent bien de mes tracas 

Pour eux ça n’a pas d’importance

Mais moi nager je ne sais pas 
Je marche seul sur le chemin 

Que vais-je dire pour mon chapeau ? 

Ce qui m’attend je n’en sais rien 
Je le saurai bien assez tôt…