Cœur de chien

Opéra

Alexander Raskatov

Nouvelle production / En russe

À propos

Opéra en deux actes et un épilogue, 2010
Livret de Cesare Mazzonis, d’après Mikhaïl Boulgakov

Production De Nederlandse Opera, Amsterdam
En collaboration avec Complicite, Londres

L'HISTOIRE
Pour son premier opéra, monté en 2010 à l’Opéra d’Amsterdam, le Britannique Simon McBurney avait frappé les inconditionnels du genre. L’auteur et metteur en scène reprend pour l’Opéra de Lyon Coeur de chien, la production du compositeur russe Alexander Raskatov, inspirée de la nouvelle éponyme de Mikhaïl Boulgakov. Virtuose de la scène, il fait son miel de cette histoire fantastique et de cette satire virulente du régime soviétique des années 20 dont l’auteur fut persécuté : un grand professeur spécialiste du rajeunissement greffe l’hypophyse et des organes génitaux humains à un chien qu’il a ramassé dans la rue. Mais l’animal se métamorphose en un ivrogne haineux tel son donneur, tandis que son « maître » est poursuivi par des comités étatiques et éthiques divers.

Lors de sa création, Cœur de chien a d’emblée été un succès.
Il faut dire que la nouvelle de Boulgakov, dont le livret s’inspire et qui a été écrite en 1925, a matière à laisser libre cours à l’imagination débordante du metteur en scène Simon McBurney. Satire politique grinçante du régime soviétique et de la science, elle est étonnamment moderne et d’une densité thématique incroyable.

Pour s’atteler à son premier opéra, Simon McBurney, fondateur de la compagnie Complicite, a refusé d’appliquer les codes classiques du genre, préférant utiliser son savoir-faire théâtral. Comme dans Le Maître et Marguerite, également inspiré de Boulgakov, qui a inauguré le festival d’Avignon 2012, Cœur de chien « plonge le spectateur dans un univers fantastique digne d’un Tim Burton ».
L’intrigue offre au metteur en scène prestidigitateur l’opportunité d’exploiter toute la palette de son art : frère du Dr Frankenstein, un illustre professeur, spécialiste du rajeunissement des cellules, a l’idée de greffer une hypophyse et des organes génitaux humains à un chien errant. L’expérience s’avère être un échec, le meilleur ami de l’homme se métamorphose en individu grossier, acariâtre et porté sur la bouteille, à l’instar de son donneur.
«Raconteur d’histoires» talentueux et sensible, Simon McBurney a travaillé sa partition en accord avec Alexander Raskatov. Le compositeur russe voulait se rapprocher d’un opéra bouffe, d’une oeuvre de Rossini. Simon McBurney s’appuie sur les supports visuels et sonores les plus sophistiqués sans négliger - loin de là - les fondements du spectacle vivant, comédie, ombres chinoises, art de la marionnette. Il a bien retenu les enseignements de son maître, Jacques Lecoq, professeur de mime renommé qui a formé les plus grands metteurs en scène européens. Si McBurney fait feu de toute technique - projections d’images, son et lumières -, c’est dans l’unique but de provoquer l’émotion, parfois le rire. Et de servir sa troupe. Au lieu de distribuer le rôle-titre, le terrible chien donc, à un comédien, Simon McBurney a choisi de le représenter par une imposante marionnette. La voix du canidé est interprétée par trois chanteurs : un soprano et un contre-ténor quand il grommelle, jappe et crache à travers un mégaphone, et un ténor quand il se transforme en être humain. Au fil de l’opéra, la marionnette « chien » devient de plus en plus incontrôlable. Habilement manipulée, elle apporte de la folie burlesque au spectacle qui n’en manque déjà pas. Avec cette oeuvre accessible à tous, Simon McBurney devrait remporter les suffrages des amateurs d’opéra comme des amoureux du théâtre.