L'imaginaire à l'amphi

Amphi

En liaison avec le 11e festival de l'Imaginaire - Paris
Un projet de la Maison des cultures du Monde 

Le soir, L'Amphi ouvre ses portes 1h avant chaque représentation. Un bar est à votre disposition pour vous détendre et vous imprégner de l'atmosphère de la soirée. L'équipe de restauration vous accueille avec une carte à thème selon le spectacle.

À propos

Azerbaidjan 

Sur la route qui relie l'Occident à l'Orient, l'Azerbaïdjan fut longtemps le théâtre des luttes que se livraient les grandes puissances locales : la Perse et l'empire Ottoman. La province de l'Azerbaïdjan iranien englobe ainsi une mosaïque de groupes linguistiques, de religions et de minorités tribales. En voici donc deux fragments qui malgré les affres du temps et de l’histoire résistent à une acculturation occidentale quasi inéluctable.

Azerbaïdjan de l'Ouest
Tradition des bardes asheq de la ville d'Orumiye

Mohammad Hossein Dehqan, barde

Le asheq (lit. amoureux) est un barde professionnel qui chante ses propres chansons, ainsi que les ballades amoureuses et les épopées qui figurent dans le répertoire d'autres traditions de bardes turcophones.
Traditionnellement, les asheq se produisent au cours des mariages ainsi que dans les cafés, où on peut encore les entendre de nos jours. Ils descendent probablement des populations turques venues s'installer en Azerbaïdjan. Autrefois ils chantaient les louanges et les exploits du souverain et de sa famille. Shâh Ismâ'il (1501-1523), fondateur de la dynastie des Safavides appréciait tellement leur musique qu'il apprit à en jouer et composa des chansons. Il organisait à sa cour des joutes poétiques entre asheq. Ces compétitions existent toujours : deux chanteurs s'efforcent de maintenir le mètre et la mélodie tout en répondant aux devinettes de leur adversaire.

Azerbaïdjan de l’Est
Tradition classique par l'ensemble Shahryâr de Tabriz

Oxtâi Shadi, târ azéri 
Saïd Abed, khânande/daf  (chanteur / tambour sur cadre)
Afshin Alavi, kamanche

L'ensemble Shahryâr respecte la formation en trio classique : târ (luth à long manche et à table d'harmonie en parchemin), kamanche (vièle à pique), et khânande/daf (chanteur/tambour sur cadre). Les poèmes chantés sont puisés dans les oeuvres des grands poètes anciens tels que Fuzuli (mort en 1560), Nezâmi (mort en 1209) ou de poètes contemporains comme Shahryâr (mort en 1988). Comme beaucoup de musiciens en Iran, c'est leur amour désintéressé de la musique qui les réunit.

 

Iran 

Avec les chantres Naqshbandi de Rezvanshar
Leisollah Norouzi Kalehsarae
Taleb Amani Kalehsarae
Firouz Amani Kalehsarae

et les chanteurs de Nowruz Khani de Talesh Dulab :
Ghesmat Khani Estalakhzir
Moharramali Norouzi Aghmasjed

La confrérie soufie Naqshbandiya fut fondée au XIVe siècle. Elle est aussi appelée la confrérie des maîtres. Elle fut introduite dans le courant du XIXe siècle chez les Tâlesh, une tribu de la province de Gilân, où elle fit un grand nombre d'adeptes dont certains devinrent des chefs spirituels importants. Comme dans toute confrérie soufie, le rituel central des Naqshbandi est le zikr (remémoration) au cours duquel les adeptes se rassemblent dans la maison des derviches, pour invoquer Dieu, le prophète et les grands maîtres soufis. 
Les Naqshbandi de Tâlesh ont un autre répertoire de chants, paraliturgique cette fois : les litanies mowludi khâni qui sont chantées peu avant la fête de l'anniversaire du prophète, dans les mosquées ou dans des soirées privées. Elles requièrent un minimum de trois personnes, chacune étant tour à tour soliste ou membre du choeur.

En Iran, le nouvel an, nowruz, coïncide avec le premier jour du printemps. À cette occasion, des hommes sillonnent les quartiers et les villages, allant de maison en maison, en chantant des nowruz khâni dont les sujets font référence à la religion, mais aussi aux rituels du printemps et à la nouvelle année.

Tous ces répertoires sont chantés a cappella et généralement par un soliste auquel répond un petit choeur. L'ambiance un peu hypnotique de ces litanies font apparaître par le biais des voix ici et là une envolée lyrique, un cri ou au contraire un ornement raffiné. Les voix sont tendues, légèrement gutturales, comme prêtes à se briser dans un sanglot.

 

Espagne 

avec
Curro Piñana , chant
Carlos Piñana, guitare
Miguel Angel Grengo, cajon

Il semble que le destin réservait à Curro Piñana cette trajectoire particulière à laquelle il ne pouvait échapper : le flamenco. Ce chanteur doté d'une voix exceptionnelle est le dépositaire d'un art dont la filiation remonte au très grand Rojo el Alpargatero (1847-1907), père des  Cantes de las minas.

Les Cantes de las minas sont par leur structure proches du Fandango andalou, considéré comme une des formes les plus anciennes du flamenco. Leur appellation rappelle le labeur des ouvriers travaillant dans les mines du sud de la péninsule au XIXeme siècle. Ils sont l’expression de leurs souffrances et des tragédies de la vie. Ce sont des chants que les mineurs colportaient là où ils allaient chercher du travail, dans les mines d’Almeria, de Linares ou encore de Cartagena-la-Union.  Ils ont évolué parallèlement à l’histoire économique et sociale du Sud-Est espagnol. 
Dans cette forme particulière, la guitare ne se contente pas d’accompagner la voix ou de la soutenir discrètement, elle en est son interlocuteur.
Les Saetas sont des chants interprétés dans toute l’Andalousie durant la Semaine Sainte. Leurs origines remontent au XVIème siècle lorsque les frères franciscains prêchaient la repentance. Bien sûr l’histoire de l’Andalousie faite de métissages et de rencontres interculturelles transparaît dans ces chants : influences arabes et juives se répondent en échos dans ces chants retraçant la passion du christ.  

 

Ouzbekistan 

Nâdira Pirmatova, chant  et dutôr
Shuhrat Nabiev, tanbur
Shawkat Nabiev, viole
Mir-Hias, tambourin dâyra

Le Shash Maqam – littéralement « les 6 modes » – est le plus connu des styles musicaux parmi une pléiade de répertoires de chants et de musique instrumentale qui ont fleuri dans les grandes cités d’Asie Centrale au cours des siècles. Le Shash Maqam, art raffiné, urbain et plutôt classique prend ses racines à Samarkand et Boukhara, cités multiculturelles où les musiciens et le public comprenaient des Tadjiks, des Ouzbek, et des Juifs d’Asie Centrale.

Avec ses textes inspirés par le soufisme, et ses accompagnements instrumentaux d’une grande rigueur, le Shash Maqam produit une musique d’une profonde beauté qui couvre toute l’étendue de la vie sociale traditionnelle : du monde sacré de la prière à celui plus extraverti de la danse.

Transformé durant la période soviétique en une sorte de cantate jouée par un chœur et un petit orchestre d’instruments locaux ; Aujourd’hui le Shash Maqam vit une période de renouveau dont la vitalité provient de la redécouverte et de la réactualisation des styles anciens et authentiques.

Nâdira Pirmatova représente avec autant de brio que de profondeur l'essence de sa tradition musicale en y apportant une contribution unique : celle de la voix féminine sous sa forme la plus sublime et la plus touchante.