Le sang d'un poète

Amphi

À propos

Film de jean Cocteau, 1930, noir et blanc
Le Sang d'un poète est le premier film de Jean Cocteau, (...) un travail d'artisan amateur, qui invente à mesure son langage, retrouve en tâtonnant les trucages de Méliès, et se met à nu avec une complète innocence. Le premier fantôme qu'éveille l'œil de la caméra ne peut être que Dargelos à la cité Monthiers. Echappé du premier chapitre des Enfants terribles, il rend enfin visible la trajectoire lumineuse de son coup de poing de statue, l'enfant qui tombe dans la neige, le sang qui sort de sa blessure, la main du poète tricheur qui lui vole son as de cœur. « Il s'agissait de descendre en moi à de grandes profondeurs pour surprendre l'état poétique. » Projeté au Vieux-Colombier le 20 janvier 1932, le film n'a aucun succès, mais au « mal rouge et or » s'ajoute désormais un « mal noir et blanc » dont il ne guérira jamais.
br>Il n'est pas indifférent que Luis Buñuel tourne L'Age d'or en même temps que Cocteau réalise Le Sang d'un poète. Deux films scandaleux. Pas scandaleux au sens d'immoral, de pornographique ou de révolutionnaire, mais scandaleux par l'extraordinaire liberté créatrice de leurs auteurs qui, grâce au mécénat du vicomte de Noailles, œuvrent délivrés des chaînes, des entraves, des jougs qui tiennent d'ordinaire les cinéastes en laisse, aux pieds de leurs banquiers.
Cocteau a tourné tous ses films en poète, mais la poésie n'est plus de mise. Sous la double tutelle du roman et du théâtre, ses parents terribles, le cinéma est devenu un art du « scénario ». L'image cinématographique n'est plus pensée comme langage. Et si actuellement le « scénario » domine en maître l'industrie cinématographique, c'est bien parce qu'il fait fonction de garantie« écrite » (notariée presque) entre l'artiste et son financier. C'est au propre comme au figuré, un « garde-fou ». Or, s'il y a heureusement encore quelques cinéastes dérangés, le cinéma n'est plus « dérangeant ».

Extraits de Télérama, hors-série Jean Cocteau, octobre 2003

En collaboration avec L'Institut Lumière

Distribution

Musique

Georges Auric

Décors

Jean-Gabriel d'Eaubonne