Merce Cunningham

Considéré comme l’un des plus importants chorégraphes de toute l’histoire de la danse, Merce Cunningham (16 avril 1919 - 26 juillet 2009) se distingue par une approche révolutionnaire dans sa simplicité idéologique comme dans sa complexité physique. Il applique à la chorégraphie le principe selon lequel « une chose n’est rien d’autre que ce qu’elle est », et prône que « si un danseur danse, tout est là ». Né à Centralia dans l’Etat de Washington (USA), Cunningham suit les cours de théâtre et de danse moderne de la Cornish School de Seattle. Il y découvre l’oeuvre de Marta Graham, dans la compagnie de laquelle il passera ensuite six années comme soliste. À Cornish, il fait également la connaissance du musicien John Cage qui aura une influence majeure sur son travail et deviendra, jusqu’au décès de Cage en 1992, son plus proche collaborateur ainsi que son compagnon de vie. Leur première création commune a lieu en 1944. Quatre années plus tard, les deux artistes entament une collaboration avec le célèbre et expérimental Black Moutain College, au sein duquel Cunningham décide de fonder une compagnie afin de développer ses conceptions de la danse allant à l’encontre des conventions. La Merce Cunningham Dance Company, originellement appelée Merce Cunningham and Dance Company, restera en activité jusqu’en 2011 et Merce Cunningham en sera le directeur artistique jusqu’à son décès en 2009. Au cours de sa carrière, Merce Cunningham aura chorégraphié 180 pièces et plus de 700 Events. Dès le début de leur collaboration dans les années quarante, Cage et Cunningham proposent un certain nombre d’innovations radicales. La première d’entre elles est l’idée très controversée que danse et musique peuvent coexister dans le même espace-temps tout en ayant été créées indépendamment l’une de l’autre. Le second bouleversement proposé par les deux complices est tout aussi révolutionnaire : il s’agit de faire appel, dans la conception de la chorégraphie - et dans le cas de Cage, de la musique - à une part de hasard et d’aléatoire. Dans le courant des années 70, Cunningham entreprend ensuite d’explorer ce que le film peut apporter à la danse. Vingt ans plus tard, à l’âge de soixante-dix ans, il adopte un programme informatique baptisé DanceForms, avec lequel il conçoit différentes combinaisons de mouvements avant de les faire interpréter par ses danseurs. Toujours désireux de marier la danse et les outils technologiques, il utilise par la suite le système de motion capture pour créer le décor de plusieurs de ses pièces. Il s’intéresse aussi aux nouveaux médias, ce qui se traduit par la création d’une série diffusée sur internet, Mondays with Merce. Sa collaboration de longue date avec des artistes tels que Robert Rauschenberg (qui a contribué à plus d’une vingtaine de ses oeuvres), Jasper Johns, Charles Atlas et Elliot Caplan (avec lequel il réinvente la façon dont la chorégraphie et les corps dansants peuvent être filmés) a étendu sa sphère d’influence à l’ensemble du monde des arts plastiques. Merce Cunningham a été honoré des plus hautes distinctions du monde de l’art. Parmi ses nombreuses récompenses et prix, on peut citer la National Medal of Arts (1990), et le MacArthur Fellowship (1985). Il a aussi reçu en en 1985 le British Laurence Olivier Award et le Kennedy Center Honor, en 2005 le Japan’s Praemium Imperiale et 2009 le Jacob’s Pillow Dance Award. En France, Merce Cunningham a été élevé en 2004 à la dignité d’officier dans l’ordre de la Légion d’Honneur. La vie et les conceptions artistiques de Merce Cunningham ont fait l’objet de nombreux ouvrages et expositions. Ses pièces ont été notamment dansées par le Ballet de l’Opéra de Paris, le New York City Ballet, l’American Ballet Theatre, le White Oak Dance Project, le Ballet de l’Opéra de Lyon, le Ballett am Rhein et le Ballet Rambert, pour ne citer qu’eux. Merce Cunningham est mort à son domicile new-yorkais le 26 juillet 2009 à l’âge de quatre-vingt-dix ans. Pensant toujours plus loin, il avait préalablement établi un Legacy Plan afin d’assurer le devenir de sa compagnie et préserver son héritage artistique. Grâce au Merce Cunningham Trust, son oeuvre continue à vivre et à sans cesse se régénérer au contact de nouveaux corps et de nouveaux esprits.