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Roland Petit

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 « La danse a tout sanctifié sur mon chemin » Roland Petit

Il est l’homme de deux cents créations, il est celui des comédies musicales et de l’Opéra de Paris, il est celui du Music-Hall et des Ballets de Marseille. C’est un rénovateur sans être un révolutionnaire, un expérimentateur dans son domaine. Le premier à dissocier (réellement) la musique et la danse, notamment dans Le jeune homme et la mort, son chef-d’oeuvre, où il fait répéter ses danseurs sur des percussions et les remplace pour les représentations par La Grande Passacaille de J.S. Bach. Le premier à s’emparer des rythmes jazz et des musiques actuelles. Le premier aussi à claquer la porte du Ballet de l’Opéra de Paris à la Libération, alors qu’il est encore tout jeune, à peine 20 ans, et à fonder sa propre troupe, les Ballets des Champs-Élysées avec l’ancien secrétaire de Serge Diaghilev, Boris Kochno, où dansaient Jean Babilée, Jeannine Charrat et Zizi (qui s’appelait encore Renée) Jeanmaire. Une troupe qu’il abandonne deux ans plus tard pour en fonder une autre où il serait le seul maître, les Ballets de Paris, cette même compagnie qui créera Carmen deux ans plus tard. C’est là que sera consacré le talent de Renée Jeanmaire qui devient Zizi. Dans les ballets de Roland Petit, les interprètes fument, parlent au téléphone, prennent une douche, s’assoient sur des chaises. Il est le premier à introduire des gestes quotidiens dans ses ballets, bien avant la post-modern dance, pour servir son propre style, à la fois académique et théâtral. Il s’essaie brillamment au music-hall et Hollywood l’appelle pour tourner des films, dont un avec Fred Astaire et Leslie Caron, Daddy long legs, en 1954. Revenu en France, il lance la carrière de sa femme, Zizi Jeanmaire avec la revue « Zizi » et le fameux « Mon truc en plume » qui obtient un immense succès à l’Alhambra. En 1965, il est invité à l’Opéra de Paris pour deux créations dont Notre Dame de Paris. Cette pièce marque son retour dans la maison qui l’a formé et où il était entré à l’âge de 9 ans avant d’intégrer le corps de ballet à 16 ans. En 1968, il récidive avec Turangalîla, une pièce totalement abstraite sur une partition d’Olivier Messiaen dans des décors de Max Ernst. En 1970, il accepte la direction de la danse à l’Opéra avant de démissionner six mois plus tard. C’est en 1972 qu’il réalise son projet d’un ballet autonome, avec la création des Ballets de Marseille, grâce à la volonté politique de la ville et compose la pièce Pink Floyd Ballet (l’album The Dark Side of the Moon sortira l’année suivante). Il restera 26 ans à Marseille, bâtissant une école, obtenant le label de Ballet national dès 1981, avant de se retirer sur les bords du Lac Léman en 1998. Jusqu’en 2008, il continuera de créer pour différents ballets dans le monde, avant de s’éteindre brutalement en 2011. Laissant une marque durable sur l’histoire de la danse française, même s’il a tendance à disparaître de la mémoire des plus jeunes, il affirme un style bien à lui, entre vocabulaire académique et fantaisie des lignes, entre trame narrative et abstraction pure. Et un sens musical jamais désavoué.
Gallia Valette-Pilenko